Dans mon village natal, Saint-Éloi, vers les années 1860, un grand feu a brulé une grande partie de ma paroisse, en particulier mon rang, le rang 4. Évidemment que la plupart des gens sont déménagés. Ceux qui sont restés ont repris les morceaux de terre plus faciles à cultiver, les côteaux. Le côteau du nord, le côteau du lac, le côteau des moutons, le grand côteau, etc. Le reste est repris en bois, naturellement. Et, naturellement aussi, après plus de 50 ans, le bois a repoussé.
Et nous avons recommencé à bucher. Comme notre terre n’était pas très grande et qu’elle était difficile à travailler, pour survivre, nous avons eu besoin de bucher. Nous avons rasé tout le bois jusqu’à l’autre bout de la terre. Tout le bois servait, toutes les espèces étaient utilisées. Les grosses billes droites et assez grosses, coupées en 8, 12 et 16 pieds allaient dans les scieries, avec un bon prix. Des billots. Les mêmes espèces et les moins droites étaient coupées en 4 pieds et vendues à moindre prix. Tout le reste était fendu en bois de chauffage. Car tout le monde se chauffait au bois.
À un moment donné, au cours des années 60 à 80, tout le bois de sciage et le bois à papier avait été coupé, du Bas-Saint-Laurent à la Gaspésie. Le chemin de fer passait dans la ville de Trois-Pistoles. C’était la ville de la planche. Les moulins à scie se sont multipliés. Et les goélettes à ‘pitoune’ vidaient sans arrêt leurs chargements vers le Saint-Maurice et Trois-Rivières. Quand le bois a été entièrement coupé, les cultivateurs ont réalisé que les terres ne faisaient plus vivre les familles et les terres ont été vendues, ou fermées, ou abandonnées. Dans les années 1830 à 1930, plusieurs familles sont déménagées aux États-Unis.
Quand j’ai travaillé à Montréal, dans les années « 70 », j’ai reçu plusieurs familles venant des nombreuses paroisses qu’on avait fermées de force en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine. Souvent des familles nombreuses. Trois familles en particulier ont atterri dans mon quartier, dans des maisons délabrées. Une dizaine d’enfants en bas âge, des pères chômeurs et sans métier. Des mères démunies qui s’organisaient pour nourrir leurs enfants.
Dans les années 75, j’ai accueilli ces familles dans le camp de vacances que nous avions fondé sur le rang Nord à Racine. Ils y ont vécu des moments heureux et chaleureux de retrouvailles.
Gaston Michaud
Mon étincelle : Plus tu es pauvre, plus ta conscience du temps se rétrécit, jusqu’à se résumer à l’instant présent.
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